Viviane

MERLIN ET VIVIANE

 

La fée Viviane était belle comme toutes les Fées, avec ce quelque chose de plus troublant qui enchanta Merlin. Il y a la Nymphe, l’Enchanteresse, la Fée, celle de l’imaginerie arthurienne et celle des contes de fées.
On a maintes fois accouplé Viviane et Morgane. Toujours l’une porta le fardeau de la prison de Merlin et l’autre celui du Val sans retour.

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C’était un jour plein d’eau et de feuillage, qui s’attardait aux fontaines. Tous les chemins était creux avec des haleines de puits. Merlin marchait derrière Viviane. Elle avançait vivement de peur qu’il ne s’attarde, que le souvenir d’Arthur ne le rappelle vers l’orée. Une fois enfouis au cœur des frondaisons, les racines sauraient le retenir. Mais si proche des lisières un signe de l’extérieur traversant le couvert pouvait encore l’arracher à l’emprise végétale. Elle lui avait demandé de mettre sa robe des forêts, celle qui commandait aux arbres et aux roches moussues.
Elle avait mis toutes les ruses de son côté et il le savait. Il laissait les herbes effacer leur passée. Un martin-pêcheur faufila le ciel et la rivière tout le long de la berge voisine. Merlin soupira sur tous ceux qu’il quittait dans leur aube de gloire, ces preux chevauchant à travers les vergers enrubannés de printemps, vers les tours de Camelot parées pour les noces d’Arthur et de Guenièvre.
Il ne les abandonnes pas, il quitte un monde où les clairvoyances ne sont plus entendues. Il a déjà connu tant de rois dont les puissantes voix à jamais se sont tues alors qu’à la branche d’aupépin chante toujours le roitelet des bois.

Il s’éloigne vers de sauvage ermitages, cherchant au fond des cavernes les accès refermés du Monde Fortuné. Elle, peut-être, le ramènerait là-bas. Il l’avait rencontrée à la cime de mai, couchée sur la margelle de Barenton, la fontaine qui rit quand on y jette une épingle et ouvre les rivières des cieux si on arrose sa pierre. Elle était Nymphe galloise et s’appelait Viviane. Toujours il l’avait retrouvée quand il s’abandonnait à ses folles pensées.
Viviane entendait tout cela pendant qu’il marchaient côte à côte, comme ils avaient si longuement voyagé ensemble. Cette fois, se disait-elle, je ne le laisserai plus repartir. Et elle portait un regard ému sur sa taille qui s’était courbée, sur son visage raviné et le flot de sa barbe blanchie. Elle se souvenait de leur première étreinte, elle, fille de la lune et de l’eau, Fée de fontaine, effarouchée d’abord par ce dieu forestier, du chêne et de la pierre. Il avait ôté sa ramure de cerf et la pelisse de loup pour s’accoler à elle.

Elle lui épargnerait la trahison de Guenièvre et de Lancelot. Ce Lancelot qu’elle avait jadis enlevé à sa mère Elaine, selon la coutume des Fées, et élevé pour être chevalier-Fé. Elle lui cacherait le déclin de Morgane et l’agonie d’Arthur.
Viviane le tiendrait loin d’un monde que les Fées une à une avaient fui. Elle l’enfermerait dans ce bosquet d’aubépine où étaient nées leurs amours et qu’elle déroberait à la vue de tous, derrière les remparts d’illusions, que Merlin lui avait appris à ériger lorsqu’ils s’échangeaient les formules de leurs sciences secrètes.

Mais sans doute savait-il déjà tout du piège que Viviane était en train de tresser autour d’eux. Hier il avait averti Arthur de son départ sans retour. Qu’aurait-il pu changer au destin du royaume pourrissant, sur quoi ses enchantements n’avaient plus de prise.

Souriant dans sa barbe végétale, Merlin regarde Viviane tracer de gracieux gestes en récitant les paroles d’oubli..

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